Mon intervention porte sur les questions de Justice

Il était une fois, dans un petit pays situé à des années-lumière en temps subjectif, des partis politiques qui luttaient relativement à contre-courant pour la défense des prisonniers.

Dans un de ces partis, un programme avait été adopté notamment en justice pénale.  Cela n'avait rien à voir avec l'adoption des textes de ce jour.  On pouvait modifier les textes par amendement.  Le texte détaillait notamment en de nombreux points comment protéger les droits des détenus.  Les victimes étaient, à quatre mots près au bout d'une phrase, totalement absents du programme.

Mais le parti ne se contentait pas de programme.  Il agissait aussi concrètement pour la défense des condamnés.  Il attaquait le ministre de la justice parce qu'il était trop sévère avec les délinquants.  Il posait des questions parlementaires pour défendre les droits des détenus.  Il voulait donner à ceux-ci une deuxième chance et même une troisième chance.  Pour les récidivistes, des parlementaires s'étaient exprimés clairement.  Ils disaient à propos de la condamnation en cas de récidive (que ce soit pour des délinquants sexuels ou pour d'autres) "qu'Il importe dans un premier temps (…) de supprimer, dans la loi sur la libération conditionnelle, l’exigence que soient accomplis les deux tiers de la peine pour qu’un condamné récidiviste soit admissible à la libération conditionnelle.

Et dans ce parti, à des années lumière, l'affaire Dutroux avait quand même été prévue.  En effet les parlementaires disaient, je cite, "Evitons donc la tentation des raccourcis simplistes même et surtout s’ils sont dans l’air du temps, portés par des événements, des médias ou des idéologies qui impressionnent."

Bref, c'était clair, si un Ministre de la Justice avait été un membre de ce parti et avait appliqué le programme, Monsieur Dutroux n'aurait pas été libéré au moment où il avait été libéré …

Il aurait été libéré beaucoup plus tôt.

Et puis vint août 1996.

Et puis, les mêmes personnes se mirent à lutter pour les victimes et contre les délinquants.
Les questions parlementaires ne portaient plus sur "comment protéger les détenus" mais sur "pourquoi certains délinquants restent-ils si longtemps en liberté".

On ne reprochait plus à Monsieur Wathelet sa trop grande sévérité mais son trop grand laxisme.

On ne réclamait plus des peines raccourcies en cas de récidive mais une intériorisation de la peine, peine qui devait être forte.

Et, avec la naïveté du provincial qui découvre les lumières de la ville et avec la conviction du converti de la 25ème heure, la grande majorité des membres d'Ecolo se mit à approuver la répression.

Le proverbe dit qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.  C'est vrai, mais il n'y a que les girouettes qui tournent avec le vent sans même s'en rendre compte.

Mais pourquoi je vous dis tout cela ?

D'abord parce que de toutes les conséquences de la période d'irrationalité collective qui a débuté en 1996 et qui n'est pas encore finie, une des plus étranges est l'amnésie collective des membres d'Ecolo et de leurs sympathisants pourtant si prompts à dénoncer les oublis des autres.  Ceux qui pensent que j'exagère sont invités à ne pas me croire mais à lire les textes d'avant 1996.  Pour vous faciliter le travail, j'ai mis le programme Ecolo en matière de Justice pénale sur un site Internet .

Ensuite mon intervention vise à rappeler la raison fondamentale du programme Ecolo d'avant 1996 : le respect des êtres humains et notamment des victimes passe par le respect des coupables.  Cela choque le désir de vengeance qui est en chacun de nous mais, depuis des siècles, on sait que la répression n'est pas toujours une solution.

Et puis je veux affirmer que les théories qui ont fusé sur les grands et petits complots et qui ont permis la notoriété de quelques croyants ont eu pour conséquence un désarroi grandissant d'une part de la population.  Ce désarroi est mêlé à d'immenses bonnes intentions mais ces bonnes intentions s'engluent malheureusement de plus en plus dans l'exploitation morbide et parfois démagogique d'une recherche de coupables les plus hauts placés possibles.

Il est plus que temps que certains mandataires Ecolo respectent à nouveau la présomption d'innocence et l'Etat de droit, comme l'exigent d'ailleurs les principes fondamentaux d'Ecolo..

Il est plus que temps que les côtés positifs du programme Ecolo d'avant 1996 et les côtés positifs des idées exprimées depuis soient fondus en une position contemporaine d'Ecolo.

Même si c'est impopulaire au sein de certains milieux.

En ce qui concerne les quelques lignes en matière de justice de la motion d'actualité, lignes "à prendre ou à laisser" de ce jour, elles témoignent d'une bonne volonté et d'une amélioration par rapport à des positions entendues en 1996 - 1997 mais avec un certain goût pour la facilité répressive dans les lignes relatives aux peines en cas d'atteintes aux personnes et snas que la problématique fondamentale de l'arriéré judiciare soit abordée.

Mais la dernière chose que je souhaite dire est aussi la plus importante.  Je rappelle que le texte proposé n'abroge en rien les textes que j'ai cités au début et qui restent le programme d'Ecolo, tant qu'il n'est pas modifié, que ceci soit populaire ou non, blanc ou vert.
 

                        Didier Coeurnelle, le 29 mars 1998.
 

 


 

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