Quelques conséquences négatives de l'irrationalité collective de 1996 - 1997 (dans et en dehors d'Ecolo)

Cet espace virtuel est un lieu de dialogue peu utilisé.  Voici donc un texte qui vise à susciter des réactions à propos des conséquences négatives des affaires qui ont défrayé l'actualité durant ces 20 derniers mois.

Les conséquences positives des affaires ne sont pas abordées.  Le texte qui suit est volontairement pro(-)vocant afin de vous inciter à réagir ici.

- La maladie de la gauche folle

De très nombreux militants politiques (1), traditionnellement progressistes, de la gauche extrême jusqu'aux écologistes en passant par des sociaux-démocrates, ont découvert avec un mélange de naïveté et de précipitation combien ce qu'ils avaient dit auparavant résistait mal à l'exacerbation médiatique d'un fait-divers dramatique et dramatisé.  Pris dans ce flot médiatique puis dans l'émotion collective, ces militants se sont mis à défendre massivement des positions parfois plus répressives que les partis conservateurs allant jusqu'à reprocher à Monsieur Wathelet d'avoir "libéré les assassins (sic)(2)" .  A la fin de l'été 1996, l'unanimisme répressif était tel que la presse n'osait même plus rappeler la présomption d'innocence des personnes accusées.  Outre, sur le plan des faits-divers médiatisés, les dégâts pour les personnes accusées (3 morts rien qu'en France après une seule série de perquisitions, des dizaines de personnes totalement innocentes tellement salies qu'elles ont dû changer de nom), il y a surtout les dégâts potentiels pour la politique pénale qui est inscrite dans le programme Ecolo.  En une phrase, il est généralement admis depuis Beccaria qu'une politique répressive est facteur de délinquance.  Des affirmations émanant de progressistes telles l'exigence "de peines fortes pour des actes graves" sont un facteur d'aggravation de la répression aveugle et donc à terme d'aggravation de la délinquance.

- Il faut que les coupables soient pendus hauts et courts (des citoyens et au moins un mandataire Ecolo au plus fort de l'irrationalité collective)

Le problème numéro 1 de la justice est et reste l'arriéré judiciaire. Une décision judiciaire qui intervient 7 ou 8 ans après le début d'un litige n'a aucun sens.  La décision est inefficace pour la victime car la réparation vient trop tard, pour le coupable condamné car la peine n'aura plus d'effet dissuasif et pour l'accusé innocenté que la société a jugé depuis longtemps.  La recherche par des centaines de personnes des moindres détails d'un fait-divers dramatique dans le but quasi exclusif de trouver d'hypothétiques "protections" (3)  a évidemment encore renforcé l'engorgement de l'appareil judiciaire.

Qu'un parlementaire d'Ecolo ait pu exiger le lynchage de personnes accusées (4)  c'est-à-dire de personnes présumées innocentes est symptomatique des conséquences catastrophiques de la médiatisation unilatérale de douleurs.  Il est clair que ce que souhaitent maintenant bien des "chercheurs de protection", ce n'est pas une justice sereine et efficace mais des coupables.  Il est clair aussi qu'une part non négligeable de l'opinion publique, "chauffée" par des journalistes et hommes politiques, restera toujours convaincue qu'il "n'y a pas de fumée sans feu".  Ceci permet par exemple à ces personnes de nier la présomption d'innocence en exigeant la "Vérité", c'est-à-dire en fait des condamnations.

- Quelqu'un qui n'aime pas les enfants ne peut pas être entièrement mauvais (Desproges)
 
L'enfant est un être sexué.  Le fait pour un adulte d'avoir des relations sexuelles avec un mineur consentant n'est un délit que dans des circonstances particulières.  Avant 1996, les milieux progressistes dont Ecolo avaient notamment lutté pour que le fait d'avoir des relations sexuelles avec des mineurs soit dépénalisé dans certaines circonstances à savoir les relations consenties entre un mineur de 16 ans au moins et un adulte du même sexe.  L'affirmation que la pédophilie, au sens ou l'entend l'opinion publique, est toujours un délit relève de la démagogie ou de la méconnaissance.  Rien qu'en Europe, l'âge de la majorité sexuelle varie de 12 à 18 ans.

Par ailleurs, il faut rappeler que, dans un Etat démocratique, tant qu'on ne nie pas les droits de l'être humain (adulte ou enfant), promouvoir la dépénalisation de délits n'est pas un délit en soi.  Ceux (5) qui par exemple estiment qu'un mineur de 14 ans doit pouvoir choisir librement son partenaire sexuel ne sont pas coupables d'actes immoraux.  Que ces personnes bien sûr soient membres d'Ecolo en 1995 ou militants ultra-minoritaires en 1996.

Vouloir faire de toute relation sexuelle entre un jeune et un adulte un délit grave aura peut-être des conséquences très négatives entre autres pour la vie affective des jeunes qui auront 18 ans en l'an 2000.

Qu'un membre éminent d'Ecolo aie même pu (dans le cadre de l'affaire Di Rupo) faire de relations sexuelles entre adultes consentants un acte immoral dans certaines conditions de différences d'âge et de statut social illustre combien étaient importantes les évolutions idéologiques il y a quelques mois.

- Faut-il placer la patho-logie au centre de toute chose ?

L'être humain est au centre de toutes choses.  Le slogan "Replacer l'humain au centre de toutes choses" est un slogan aussi peu concret qu'un slogan du type "Nous voulons le bien-être de tous".  L'être humain a une composante rationnelle et une composante émotive. Durant l'affaire Dutroux, les composantes rationnelle et émotive se sont mélangées d'une manière parfois catastrophique.  Plutôt que de tenir compte des sentiments dans l'élaboration de choix politiques, donc de faire preuve d'empathie, les hommes politiques et les citoyens se sont souvent basés sur la passion (pathos ce qui signifie passion mais aussi douleur) pour élaborer leur raisonnement.

- Les blancs ont oublié que "Personne ne peut dire que l'être humain est mauvais sans avoir commis de mauvaises actions" (Stig Dagerman)

Lorsque le calme sera totalement revenu, les psychologues et les sociologues expliqueront combien le fait de haïr les pédophiles et la violence s'explique notamment par une fascination pour la pédophilie et la violence (6) . Les épisodes de type "témoin X1 ayant vu Nihoul, Weinstein, Dutroux et des hommes politiques bruxellois tuer une septantaine d'enfants" et surtout "sectes satanistes élevant des enfants sous la protection de personnes haut placées pour les tuer" démontrent que cette fascination se nourrit bien plus de l'inconscient que de faits.  Que la recherche acharnée de coupables hauts placés envers et contre toute probabilité se comprend notamment par un désir refoulé de découverte du "Mal" absolu (7). Et par un désir de se représenter, une fois le bouc émissaire mis à jour (8), par effet miroir, comme totalement innocent et pur.

- Alleen dode vissen gaan de stroom mee (Affiche électorale d'Agalev, il y a quelques années)

Ecolo et Agalev sont des partis politiques démocratiques et non des partis uniques.  Le but d'un parti politique démocratique ne devrait pas être de fonctionner comme une sorte de girouette sophistiquée indiquant avec des nuances ce que veut la société mais un organe présentant des choix qu'il appartient aux électeurs d'approuver ou de désapprouver.  L'attitude de certains progressistes en ce domaine encensant le pays réel par opposition au pouvoir politique en place est éminemment dangereuse.  On prête à Louis Tobback devant la marée blanche une phrase du type "Gelukkig dat ze geen leider gevonden hebben, anders had deze de macht".  Il faut rappeler que ce n'est pas par hasard qu'Ecolo n'est pas en faveur du référendum dans certains domaines notamment ceux qui se rapportent aux droits de l'homme et que, avant 1996, il n'a jamais été question au sein d'Ecolo de faire des questions de justice répressive une priorité et encore moins de donner aux citoyens un accès direct à la décision dans ce domaine.

- La foi ne déplace pas les montagnes

Nous avons vu comment la foi dans l'importance d'un fait médiatisé, à défaut de déplacer les montagnes, pouvait déplacer les convictions.  Il avait été fort bien dit, dans une conférence de presse Ecolo en juin 1996, qu'il faut éviter "la tentation des raccourcis simplistes même et surtout s’ils sont dans l’air du temps, portés par des événements, des médias ou des idéologies qui impressionnent".  La raison fondamentale de ce courrier vise à rappeler qu'il existe des "garde-fous" philosophiques et politiques pour éviter les raccourcis simplistes, gardes-fous tant dans notre programme que parmi les droits fondamentaux de l'être humain.  Ceux-ci peuvent être particulièrement utiles (mais douloureux) dans des circonstances telles que celles que nous avons vécues.

Puisque l'être humain n'est pas seulement un être rationnel, il est logique que de temps à autre, des comportements irrationnels deviennent la règle.  La période 1996 - 1997 pourrait être un avertissement sans trop de frais pour des progressistes de ce qui peut arriver lorsqu'une part du fonctionnement de la société n'est plus raisonnable.  Ils pourraient par exemple s'imaginer les conséquences de la médiatisation d'un fait-divers dramatique dont le protagoniste principal, Monsieur Dutroux bis, ne serait pas belge et hétérosexuel mais marocain et homosexuel.



(1) L'immense majorité des militants à l'époque et non pas seulement ceux qui se sont exprimés sur le devant de la scène ont émis des opinions répressives.
(2) Tout changement dans un sens répressif n'étant cependant pas néfaste (notamment en ce qui concerne la nécessité de la circulation de l'information).
(3)  Il apparaît aujourd'hui au grand public que la partie "éléments en faveur des protections" des dossiers "Dutroux & cie" contient beaucoup de vide et d'innombrables affabulations.  Ceux, journalistes ou parlementaires, qui disposaient de plus d'éléments du dossier auraient dû, s'ils avaient su garder la tête froide, le dire il y a longtemps.
(4) Chambre des représentants, SO 1995-1996, page C 176-5.
(5) Dont je ne fais pas partie.
(6) C'est probablement pour cette raison que Monsieur Derochette, vraisemblablement victime et coupable, était une des 300.000 personnes à avoir manifesté "pour les enfants".
(7)  Et accessoirement, d'une quasi-impossibilité, pour le citoyen moyen et pour les membres de la commission d'enquête de se remettre dans l'ambiance d'une administration de la justice dans laquelle, come dans toute administration et même dans toute entreprise, il y a :
  • des très bons, des bons, des mauvais et des très mauvais travailleurs,;
  • des très courageux, des courageux, des paresseux et des très paresseux (celui qui ne fait rien a l'immense chance de ne jamais faire d'erreur);
  • des milliers d'infractions extrêmement graves à réprimer ou à empêcher dont notamment des disparitions mais aussi des viols, des meurtres, des violences, des actes de pédophilie, des homicides par imprudence, des pollutions dangereuses, des incendies criminels, ... ;
  • des centaines de milliers de pages de documents juridiques à consulter;
  • des milliers de pièces à examiner sans savoir lesquelles ont un lien avec d'autres;
  • des dizaines de suspects;
  • et non pas un méchant délinquant dont des dizaines d'enquêteurs s'occupent et qui accumule les preuves de sa délinquance.
(8) Dans les cultures pratiquant le sacrifice symbolique ou rituel, il y a deux catégoriés de boucs émissaires : ceux qui servent de réceptacle au mal par effet de contraste (les sacrifices de vierges) et ceux qui cristallisent le mal en le contenant (le "bouc puant" chassé dans le désert).
 
 

 


 

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